mardi, 05 juillet 2005

J’arrive de loin !



J’arrive de loin pour vous dire ceci :
seul, je me présente à vous,
mais continuez donc encore
à semer votre ivraie de précarité
dans notre vie chaque jour moins humaine
détournez par médias interposés
notre attention pour mieux nous flouer
tandis que vous lorgnez avide
sur le prochain scrutin
vous semblez juste oublier vos devoirs citoyens
pour lesquels nous vous avons élu
non point festoyer avec les puissants
mais venir soulager nos misères et défendre le faible
favoriser du lien là où règne exclusion et haine
mais vous semblez ailleurs tandis que je vous parle
vous avez l’œil rivé sur l’horloge…

J’arrive de loin, mais demain,
nous viendrons en masse et de plus loin encore,
vous dire que votre temps est bien fini
et qu’un long exil vous attends désormais !



L’engeôlie


Ce matin, le front de feu
qui a ravagé ma nuit
laisse d’acres fumeroles
dans le jour naissant.


Ce fut une nuit d’écriture
une nuit de pluie et d’éclairs.


Le ciel de mes pensées
s’est déversé tel l’acier
des hauts fourneaux
sur l’immensité neigeuse….


Ce matin, les murs invisibles
Où mes peurs rampaient encore
se sont rétractés sous l’effet
de la folle puissance des mots
du bruit des chaînes qui retombent
jusque dans la clarté coupante
d’une fenêtre sans barreaux…


Traces de griffures à l’âme
Quelques lignes griffonnées
Au goût de sang, de larmes
Ainsi je repars, conquérant…



mardi, 21 juin 2005

Haïkus du Faiseur de paix




L’esprit au calme
Il monte l’escalier de l’éclair
Jusqu’au grenier à rêves


Les vagues se fracassent
Sous un ciel de granit
Son chapeau danse sur la plage


Ses mains savent écouter
Toutes nos petites frayeurs
Et l’éclat de la confiance retrouvée


L’océan de ses yeux
Semble porter en vision
Ce que seul son cœur lui montre


Hésitant il s’immobilise
Avant de sourire à la mort
Puis d’un pas aveugle la traverse


Comme un souffle

Les oliviers forment un rempart
à l’ombre desquels le voyageur
harassé et fiévreux
prie pour être délivré
de la morsure du désert
de cette brûlure de l’âme
et des blessures ressuscitées

Une dernière fois il contemple
ses os blanchis de lumière
avant de s’évanouir
dans le bruissement argenté
des ailes du vent capricieux

Quelques étoiles sanglotent
dans les rêves des bergers
par le cratère vide de l’orbite
la vipère se coule lentement
jusqu’au premier rayon du jour
plus loin une maison murée
l’oued tremble encore de ce cri !

lundi, 28 mars 2005

Je vous ai rencontrée !



C’était une de ces soirées où l’on va sans trop savoir pourquoi. Une soirée sans espoir. Lui, mon soit-disant meilleur ami qui sort depuis deux ans avec mon ex, m’a donc invité pour une fête en l’honneur de la sortie de son dernier roman. Elle a pris du poids et est devenue, à mes yeux du moins, d’une vulgarité qui m’aide aujourd’hui à surmonter mes deux années de déprime. Depuis huit longs mois que je suis au chômage, j’essaie de reprendre mon activité de scénariste, mais après une coupure de plus de quinze ans (avec elle !), j’ai perdu toutes mes relation dans ce milieu. Pour tout dire, j’ai de plus en plus de difficultés à écrire !

Au milieu d’une conversation à propos d'un de ces voyages aux tropiques qui rasent tout le monde mais permet de faire semblant de prêter intérêt à quelque chose, on sonne à la porte. J’ouvre, un bouquet de fraîcheur, un sourire… C’était vous !

Quelques semaines plus tard, tous ces jours à penser à vous, rien qu’à vous, à vous seulement, le jour, la nuit… Je vous croise dans les allées du Jardin du Luxembourg, un carton à dessin sous le bras. Autour d’un verre l’après midi défile, nos cheminements, nos rêves et nos déceptions aussi…

Vous souvenez-vous lorsque je vous ai raccompagnée, nous croisâmes un couple de personnes âgées qui nous ont sourit, un de ces sourire de complicité qui m’a carrément fait rougir ! Mais vous aussi je crois bien ! Sans même se parler, nous avions la même intuition. Au pied de votre immeuble, j’ai souhaité vous revoir au plus tôt. Vous m’apprîtes votre départ dès le lendemain pour Pointe-À-Pitre, où vous veniez d’être nommée professeur d’arts plastiques.

Je n’ai, en fait, jamais écrit de scénario, mais la Guadeloupe nous a accueillis et nous avons gardé, dans un recoin de notre cœur le souvenir de cette soirée où vous êtes venue sans trop savoir pourquoi, une soirée sans espoir. Notre soirée !




Labyrinthe



Malgré ma course folle dans la rue
J’ai raté le dernier bus
Mon studio est à l’autre bout de la ville
Sans fric dans cette nuit poisseuse
Les premières gouttes sur mon visage
Sous les réverbères seulement la pluie
Et mes pas pressés
Fuir cette vie où tout s’écroule
Si j’ai bien compris
Tes dernières paroles
D’autres réussissent parfois
Moi jamais, il n’y a pas de hasard,
Juste des portes fermées
Des chaussures qui prennent l’eau
Des amis trop occupés
Soyez sûrs que je ne vous dérangerai pas
Une voiture passe en trombe
Le chauffeur à qui j’ai fait signe
N’a rien vu, pas même la flaque
La pluie redouble
Il n’y a pas si longtemps
Lorsque j’avais encore un job
Tu daignais m’accompagner
On se baladait dans le parc
Buvait un verre au bord du lac
Tu m’appelais pour un rien
Le plaisir de partager le quotidien
Je commençais à me dire
Qu’on pourrait refaire notre vie ensemble
A quarante ans et des poussières
Rien alors ne m’aurai fait douter
De cette promesse de bonheur à deux,
Rien, sauf que… ce matin
Sans raisons tu m’a viré
M’offrant juste une petite indemnité
Avec ton air convenu et distant
Me priant de vider au plus vite les lieux
J’ai passé le reste de la journée
A boire et à me repasser la scène
Jusqu’au détachement éthylique
Où suis-je donc ? Je reconnais à peine
La place de la mairie tant il pleut
Demain, c’est au bout de la nuit,
Ma banlieue, mon lit, une bonne bouteille…



Larmes de couleurs




Cette aquarelle, accrochée dans notre salon, est le seul bien que ma femme a hérité de son oncle. Il était peintre à ses loisirs et chirurgien de profession. Sa maison était une vraie galerie que ses enfants pillaient consciencieusement à chacune de leurs visites.

Je n’ai rencontré ce personnage singulier qu’une seule fois, nous étions alors fiancés et il semblait beaucoup apprécier sa nièce. Outre ce sympathique point commun entre nous, il y avait aussi sa sensibilité artistique, il était non seulement peintre mais aussi un excellent pianiste avec une sensibilité de poète. Il me fit forte impression et j’ai longtemps regretté ces vilaines brouilles entre ses enfants et leurs cousins qui nous ont éloigné de sa maison si accueillante.

Lorsque je regarde ce paysage qui montre l’entrée de la propriété de l’oncle de ma femme, je suis frappé par le paradoxe qui s’en dégage. Le maison semble en retrait par rapport aux barrières et au portail en fer forgé qui campe majestueusement au premier plan. Ce portail pourtant n’a jamais été fermé à quiconque mais jamais nous ne l’avons franchis de nouveau.

Ma femme, que j’ai questionné lorsqu’elle a reçu ce legs, a eu ce regard un peu voilé, sans doute un bonheur d’enfance à sauvegarder par la distance. Avant sa mort, le vieil homme qui avait suivi une énième thérapie pour se sortir de l’alcoolisme, était devenu taciturne et amer. Cet homme devait rester pour elle ce merveilleux père qui aimait ses enfants et sa famille d’un amour sans limites.

Sur la peinture, un personnage se tient à distance de l’entrée. Le choix de cet unique tableau me semble constituer un dernier clin d’œil à celle qui l’a aimé et respecté comme un père. Il semble même lui dire « je sais que tu ne viendras plus jamais me rendre visite, mais je continue de penser à toi et t’envoie, par mes larmes, les couleurs du bonheur que je te souhaite ».


Ton portrait

Tourner la bague
Faire le point
Sur l’éclat de tes yeux
Le grain de ta peau
L’aura de la lumière
Sur tes cheveux
Ta présence irréelle
Gravée sur le dépoli
Semble s’échapper
Vers un ailleurs
Loin de cette journée
De tous ces moments partagés
Quelques fou rires
Une vraie complicité
Est-ce la présence
De mon vieux Rolleiflex ?
Que tu sembles loin
Maintenant, loin de moi
Loin de nous…

Je sais l’illusoire
De ce jeux en chambre noire
Vouloir imprimer
Sur le film sensible
Toute la magie
De notre rencontre
Ne t’ai-je pas vue
Des heures durant
De ce seul regard naturel ?
Ne t’ai-je pas aimé aussi
Buvant tes charmes, tes pudeurs
Guettant tes moindre défauts
Comme des grâces ?

Tu remarques alors
Ce silence envahissant
Et cherche mon regard
En fixant l’objectif
Ton sourire à peine pincé
Juste retenu
Un frisson d’impatience
Trouble alors ta beauté
Après la séance de photos
Nous devions aller
Chercher nos places
Pour l’opéra, ce soir
Nabucco sera joué
Dans les arènes
A Vérone,
Un lieux empreint de romantisme
Nos familles ne sont pourtant
Pas ennemies
Comme les Capulet
Comme les Montague
Mais je brûle de ce même désir
Te déclarer ma flamme
Ou mourir !

Derrière l’œilleton
Je me tiens en attente
D’un rêve ébloui
Bonheur apprivoisé
Ce « oui » d’éternité
Quel fou je suis
Dès notre seconde rencontre
Alors que…
Tu n’y songes même pas !

Ton regard m’enveloppe
M’embrasse
En mille étreintes
L’arrière plan se fond
En une douceur pastel
Comme un voile de noces…

Mon cœur te cherche
Tu croises les jambes
Je ferme les yeux
Le reste du monde
N’existe plus, alors…

Je presse le bouton
Et… tout devient simple,
Une onde de plaisir
Nous traverse !
Reste aujourd’hui
Ton portrait
Comme une promesse
D’avant l’amour…


L’homme sans ombre



Il n’est pas souhaitable d’avoir à se demander si l’on est encore en vie, pas plus que de se préoccuper de la lumière et de l’obscurité. Seulement voilà, je me trouve privé d’ombre et cela m’affecte à un point tel que seule l’obscurité peut me servir de refuge. C’est donc dans le royaume des ombres, loin de toute lumière, que je peux enfin me sentir vivant.

Mes parents ont-ils jamais vraiment fait attention à moi ? Quand à mon jeune frère il a cessé de me regarder et me parler lorsqu’il a été à l’école. Pourquoi ne suis-je jamais allé à l’école ? Où ai-je appris à lire, à écrire et à compter ? Ces questions m’ont toujours angoissé…

Malgré ce fardeau de solitude je m’efforce de rester objectif ; j’ai grandi comme tout le monde et j’ai aussi quelques amis. J’exerce depuis quelques années un métier que j’aime, je suis glacier. Dans ma camionnette réfrigérée je propose des sorbets aux fruits et des boules glacées.

Il y a des heures dans la journée et en soirée où les gens du quartier promènent leurs chiens. A chaque fois qu’ils approchent de mon camion ces fidèles compagnons aboient ou grognent de mécontentement. Connaissant l’instinct des animaux, j’ai finalement conclu que les chiens n’aiment pas les personnes sans ombre.

C’était un soir d’hiver que j’ai commencé à perdre le sens de l’orientation. En dehors de mon camion de glaces, l’environnement ne correspondait plus à ce que mes sens me transmettaient. Je me heurtais aux personnes, aux objets, alors que je ne voyais rien, n’entendais rien de leur présence. Ma nervosité était telle que je marmonnais toute la journée.

Les mois passèrent et cela ne faisait qu’empirer. J’ai finalement décidé de me taire et d’être à l’écoute de mon environnement. Il y eu ces odeurs de pollution, ces bruits de circulation, les cris des gens sur le marché et les rires des enfants dans le square. C’était effrayant et merveilleux de sentir tout un monde vivant et en perpétuel mouvement…

Puis vint cette chaude journée d’été où l’on faisait la queue pour m’acheter des glaces. En fin d’après midi, je tirais le rideau et décidais de marcher jusqu’au bord de mer. Je croisait les familles qui rentraient chez elles. Seul sur la plage je contemplais le coucher du soleil, prenais conscience de la chaleur de ses rayons sur mon corps. Un sourire vint illuminer mon visage. J’étais alors en paix.

Une sombre silhouette s’allongea derrière moi. Elle s’étira vers la route puis alla se fondre avec le crépuscule. Un chien s’approcha, tenant dans sa gueule un ballon crevé. Il le posa entre mes pieds et aboya joyeusement jusqu’à ce que je l’empoigne et le lance dans l’eau en disant « va chercher ficelle ! ».

Ma femme était en pleurs et notre enfant se jeta dans mes bras. En ce jour mémorable, trois ans après mon terrible accident de voiture, j’ai retrouvé mon ombre !



samedi, 26 mars 2005

Les enchaînés

Ces fers qu'il m'est permis
De porter
Ornements sacrés


Dans les méandres de ton cœur
Perdu
L'amour fauve
Pareil aux rêves silencieux
Etouffant leur élan
Dans les dédalles
Du temps


Basculé sur le flou
De tes cheveux
Chant d'un ciel moissonné
Où je meure


Je t'aime...


Lente est notre valse
Feuilles en écharpe
Danse du vent s'enroulant
De ta hanche
A mon cou...


Deux doigts
A replier l'horizon
Sur l'escalier bleu
Pour y suspendre
La nuit
Poudrée d'étoiles


Vivre
En tremblant l'instant
Liés aux cordes
D'une harpe
L'âme nue
Attirant l’œil
Du monde à ses débuts


Une larme
Arche de lumière
D'où fleurissent
Les jasmins paisibles
Près des eaux immobiles
Accoste leur navire


Les enchaînés...

La mauvaise herbe des jours ordinaires

Tout comme ces racines
Obstinées aux griffes du vent,
L’ombre de mon agonie
Fige l’allonge du jour.


Je n’ai vrillé que cette lueur
Noire de nos projets naufragés,
De ceux qui se souviennent
Combien loin se trouvent
La cime claire de ton rire,
Tes fraîcheurs vallonnées
Baignées d’encens.


Tout comme ces racines
Ivres de l’au-delà,
Je porte l’apnée de ton absence
Dans le défi du temps infini,
Pour de pâles oripeaux
D’espoirs vagabonds.


Dans le jardin des larmes
Le genévrier s’est envolé,
Témoin de nos baisers secrets
Tombeau de nos promesses,
Seuls quelques fruits amers
Roulent encore en mon cœur…

Le vent nous emportera…




Ces îles d’esclaves insoumis
Ces livres qui brûlent l’âme
Qui nous crient
La beauté innocente
Livrée au feu mutagène
D’esprits borgnes
Et ces mères endeuillées
Dans leur chair
Qui disent l’inommable
Des matins glacés

Le vent nous emportera…


Ces lits de souffrance
Trains sans lendemains
Semant des stases d’effroi
Nuit et brouillard
De nos amnésies barbares
La rouille du temps
Grinçant la misère
Aux ailes ensanglantées
Qui moissonnent l’espoir
Dans un ciel livide

Le vent nous emportera…


Ces forêts méta-bioniques
Où meurent les satues
Mélant urine et sang
D’un monde de dévastation
Où les arbres poussent couchés
Ces bonheurs sans substance
Moignons d’existances
Engendrés d’autres cauchemards
Guettant la délivrance
Devenir enfin poussière

Le vent nous emportera…