jeudi, 08 décembre 2005

Amour en nos corps

Mon regard éploré

Calé en ces murs refuge

Où l’amour purge sa peine

Ton regard seul a suffit

 

Dans le berceau de tes mains

Le petit enfant se réveille

Encore chiffonné de rêves

Frisson de tes caresses

 

Besoin de s’appartenir

Sous la pluie gouttant

La sève à la saison des passions

Sur la noue de nos lèvres

 

Douce musique

Chant couvrant mon chaos

Flotte, Ô ma source soyeuse

De ton cœur au mien

 

Oubliés les oripeaux de solitudes

L’âme jardinière

Je désire les allées parfumées

Des fleurs sur ton corps

 

La caresse

Ailleurs et en d’autres temps

Cette rencontre aurait eu un goût de fiel

 

Pourtant bien peu de choses ont changé

Le temps inexorable médiateur peut-être

 

Ainsi votre main caresse la mienne

Vos larmes tièdes m’étonneront toujours

 

Le jour se dérobe

Permettez-moi de vous quitter

Pour une dernière fois

 

Un coin de parapluie…

 

 

Bénie soit cette vilaine pluie

J’ouvre alors mon parapluie

Qui, heureusement, est petit

Car contre moi tu te blottis !

 

 

Ce petit ciel rien qu’à nous

Courant sens dessus dessous

Avec l’arc-en-ciel en proue

Jusqu’à ta porte où l’on s’ébroue.

 

 

Nos chaussures détrempées

Se tiennent dans l’entrée

Sur le sols luisent nos pieds

Au prétexte d’une tasse de thé.

 

 

Nos éclats de rire enfantins

Ont ignoré le soleil du matin

Je reviendrai un jour prochain

Goûter les fruits de ton jardin…

 

 

Sous ce petit coin de Paradis…

 

 

Requiem pour un ange...

La geôle fraîche où je demeure prostré

Depuis quand ? Je ne le sais plus vraiment au juste…

Par le soupirail, des heures je suis avisé,

Ces jours livides rasant le plafond vétuste !

 

Souvent tu me parles à l’ombre de la vigne,

Nous contemplons les reflets dorés du couchant

Observant dans la nuit, le doux sommeil des cygnes.

Mille fois, à ton doigt d’opale, glisse un diamant.

 

Le vent se lève, son pur reflet se ternit

L’eau du lac rougit alors, ton regard s’échappe

Les cygnes, la lune, les étoiles ont fuis

L’horreur bloque mon cri, je tombe dans une trappe.

 

Les chaînes traînent aux amarres de mon corps

D’où suinte le pus; je t’offre des poèmes.

Tu cours, bel ange fuyant la nuit pour l’aurore,

Mais l’ombre d’un jaloux hurle ce requiem.

 

 

 

Dans un champ, je marche…

Dans un champ

De tournesols,

Je marche,

Ebloui de ta beauté

En éclats de rire…

 

Tes vêtements

Voltigent au vent

Du désir,

Accrochés aux soleils

D’aurore de la vie…

 

Des cris d’enfants

Ont lacéré le bleu

De notre amour,

Notre village en feu

Partout des soldats…

 

Autour de nos têtes

Sifflent des insectes

Trop pressés,

Tu t’écroules alors

Lâchant ma main…

 

Dans un champ

De coquelicots

Je te porte,

Traînant la tristesse

D’une multitude…

 

Tu m'as dit

 

Tu m'a dit

Reste

Et j'ai habité en toi

Epousant les vagues

Du désir

 

Tu m'as dit

Encore

Blottie contre mon cœur

Palpitant de toi

Ma source

 

Tu m'as dit

Je pars

Dans un dernier baiser

Volé au temps

Des autres

 

Tu m'as dit

Adieu

J’ai suivi tes pas

Nu et désemparé

Je t'aime…

 

mercredi, 07 décembre 2005

Harmonium

 

Tintements étouffés de mille carillons

Sources éclatantes dont l’air vibre encore

Sur l’onde grave des timbres organiques…

 

L’écho se disperse en fragments atones…

 

Le fleuve de ta voix m'emporte

Ouvre le flanc des soleils hurlants

Aux flux silencieux du cœur

 

L'eau dans l'oreille de la mer

Propage la clameur de ses franges

En coquillages de mémoire

 

Nappes sonores déployées en pluie chantée…

 

Percussion et frottement sur les bois

Doux murmure du feuillage frémissant,

Rideau de repos bruissant sur nous…

 

Voix mêlées au creux de la nuit

Pics cristallins, éboulis de pierres,

Collier d’or fondant l’onde de ton souffle …

 

L’harmonium fait son nid dans ma poitrine…

 

Ginger (conte ordinaire sur Terre)

Il était un fois une décharge à ciel ouvert

Paradis originel car les anges la virent s’échouer

Sur ce ventre chaud au parfum de mort,

Se mouvait alors la silhouette chétive de Ginger

 

Expulsée discrètement sur les hardes de la misère

Elle grandit sans grandir, dans la froideur de l’oubli.

Son visage, noix perdue sur une terre desséchée,

Semblait insensible à la beauté des saisons

 

Jusqu’à sa rencontre avec un nounours mutilé

Déchet parmi les déchets, mais aussi nouvel ami

A qui elle offrit larmes, confiance et amour

Quelques coutures malhabiles et des yeux dépareillés

 

 

De partout des mains la réclamaient, l’acclamaient,

Elle était star dans le fantasme des hommes

Sur une scène fleurie devant un public de nounours

 

L’hiver fût précoce et particulièrement rude

Ginger perdit la vue puis ses membres bleuirent

La braise enfouie dans son âme mourut à son tour

Feu dérisoire feu d’amour pour son fidèle nounours

 

Sous les yeux horrifiés des gens de la décharge

Le médecin constata le décès tout en notant,

Malgré les chairs brunies et tannées par la bise,

Sur le visage de Ginger la trace discrète d’un sourire.

 

dimanche, 04 septembre 2005

Haïkus du sabre dans les étoiles

Sabre dans les étoiles :

- dernière heure ?

- moustique assoiffé ?

 

*

 

Une étoile filante

sur le tranchant du sabre

l’esquive vaux mille vœux

 

*

 

Une branche trop basse

le sabre volant trop haut

nuits blanches d’une veuve !

 

*

 

Les feuilles éclaboussées

d’une lune tâchée de sang

automne à la porte

 

*

 

Deux plumes d’acier se croisent

voie lactée comme témoin

duel d’écrivains

 

*

mercredi, 27 juillet 2005

L’Escale.com


Etait-ce un bar, une barge rouillée,
Un mouillage pour esquifs éventrés,
Un refuge pour sans domiciles fixes ?
Je ne sais plus, mais un jour lointain
J’ai poussé cette porte, suis entré
Sans faire de bruit visant un coin discret
Et j’ai observé, écouté d’habiles poètes
Et d’autres, maladroits mais sincères,
Le monde se métamorphosait,
Chacun pouvait grimper les marches du vent
Et ramener, dans la douleur, des fragments
De voyages intérieurs et des nostalgies
Si belles à faire germer les bulbes du cœur !

Etait-ce un bar, une barge rouillée,
Un mouillage pour esquifs éventrés,
Un refuge pour sans domiciles fixes ?
Je me souvient seulement avoir changé d’adresse…



mercredi, 20 juillet 2005

Dans les flaques éparses voyagent les nuages


Il pleut
dehors seulement
par l’unique fenêtre
la ville endormie
le jour semble loin…


Nous avions longtemps roulé
éblouis dans le silence
portés par une conversation
si loin jusqu’aux vagues
nos pieds libérés
frissonnants
de rosée…


Toujours et encore bercés
par tant d’insouciance
ce galop aérien
sur le chemin du temps
de ce temps d’avant…


Il pleut
au cœur de la nuit
dans ce cœur déserté
ce corps étranger
gouvernail échoué
dans le vertige des années
loin de nos rêves
ton sommeil paisible
et la vaine pesanteur
du jour dernier…



Cheminée de brique rouge


Cheminée de brique rouge
tu as perdu ton statut de beffroi
des manufactures, des forgerons
car aujourd’hui ta frêle stature
s’érige encore entre une banque
et la façade d’un immeuble


Noyée aux abords de la cité
comme une amarre oubliée
abandonnée aux oiseaux
tu traînes ton ombre tendue
sur le cadran des jours,
des siècles qui défilent
sans livrer tes secrets


Qui verra ma solitude
se fondre dans les nuages ?