samedi, 17 mai 2008

Apocalypse mémento



Le sang des guerres,
Noircit le jour
Ruine l’amour
Laboure l’aube
D'une pluie de tombes
Sur la foule courbée,
Le sang des guerres…


L’enfant de paix,
Défend le faible
Ré-enchante le monde
Allume l'espoir
Pleure la beauté
D’une fleur de sang,
L’enfant de paix…


Le ciel de feu,
Nous voit debout
Sonne l'accomplissement
Brouille les temps
Avale même la mort
Qui nous dévore,
Le ciel de feu…


Le sang des guerres,
L’enfant de paix,
Le ciel de feu.

 

mardi, 13 mai 2008

Naufragé

 

Fièvre des visages défaits

Qui cessent par pudeur

De pleurer dans le malheur

Pour souffrir dans le fond

Et devenir intérieurement

Plus grimaçant encore...



L'air devient vulgaire

Impudent de noirceur

De lâchage en dérapage

Les traits partent à la nage

Et me laissent désemparé

Tel un roi nu sur la rive...



Naufrage des hypothèses

Au seuil du sombre couloir

Les mèches se consument

Les couleurs se dessinent

Archange ou furie échappée

D'esquifs éventrés en récifs...



L'enveloppe de mon corps

Flashé devient montgolfière

Contenant de langues filaires

Flux cristallin de prières

Qui se brisent sur la grève

Parmi les éclats d'un rêve...




La maison penchée...



En plein cœur du quartier fraîchement rénové, on peut l'apercevoir entre deux résidences à quelques pas d'un centre commercial. La maison penchée...

Beaucoup de passants font mine de l'ignorer, certains pressent même le pas lorsqu'ils longent sa clôture couverte de graffitis, ses fenêtres béantes comme des yeux crevés, son toit à moitié effondré et son jardin envahi de ronces et de d'objets de consommation abandonnés. Ferait-elle peur à ce point ? Bien que je ne me l'explique pas, sa présence me rassure. La maison penchée...

A chacun de mes passages quotidiens, je lui jette un regard bienfaisant et complice. Par le simple fait d'être encore ici, la rue et même le quartier, ont conservé une âme. Cela me rassure de la voir chaque jour pareille à elle même. Elle ressemble à un accident du présent, un rocher brisant l'indiférence des flots d'une rivière, une porte vers d'autres réalités. J'interprête aussi sa présence comme une invitation à percevoir les choses cachées, enfouies dans les mémoires ancestrales, dans mon inconscient. La maison penchée...

Je n'ai jamais franchi son portail autrement qu'en rêve. Elle me hante, cette silhouette sombre posée dans le froufrou verdoyant de son jardin. Elle incarne pour moi l'insondable mystère de la féminité, à la fois offerte et indéchiffrable. Les promoteurs n'ont pas réussi à la posséder, les chats de gouttières viennent y miauler et s'écharper à la pleine lune. Les clochards y finir leur nuit de saoûleries. Comment cette douce maladie à la normalité peut me mettre dans un tel état de jubilation ? A croire que je recherche systématiquement l'accroc dans le paysage, la faille chez le donneur de leçon, le furoncle sur le visage de l'ange ! Mais elle m'est devenue toujours plus essentielle. La maison penchée...

Ce matin , comme tous les matins, j'emprunte la fameuse rue où elle se trouve. C'est mon pèlerinage, mon instant sacré, ma quête. Je presse la pas devant la morne façade de la résidence qui la précède. La maison penché, petit sanctuaire qui, à chaque fois, me bouleverse. Ben mince alors ! Je ne vois, à sa place, que la vitrine d'un coiffeur pour dames. Puis mon reflet... un peu penché.

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