samedi, 22 mars 2008

L'entendras-tu un jour ?



Pour toi, toi seule,
j’ai jeté mes mots
nus dans le vent


Je me suis tut
face à ton bâillement
verdict de solitude


La gorge serrée
je t'ai vue ma muse
sortir sans un regard


Tu as toujours su
trouver mon épaule
pour pleurer


Avant d'aller rejoindre
ces hommes violents
qui te font souffrir


Cet amour secret
que je t'offre en poésie
l'entendras-tu un jour ?

Haïkus des chemins aléatoires

 

Sabots ferrés

pluie fine et boue

je rêve d'un feu

 

 

Piste pierreuse

horizon trompeur

l'oasis se dérobe

 

 

Crissement de pas

dans un silence blanc

mes yeux pleurent

 

 

Vent impétueux

griffe d'ocre le ciel

sable dans la bouche

 

 

Nappes de brume

qui lentement s'élèvent

comme un corsage

 

 

Les brisants

jettent leur écume

par dessus mes cris

 

 

 

vendredi, 21 mars 2008

Môo


Fille de servante
Môo est née dans les dépendances
où trimait sa pauvre mère.
Orpheline à peine sortie de l’enfance
elle remplaça la défunte dans toutes les corvées :
cuisine, ménage, linge de maison.

Les maîtres de Môo avaient trois fils
dont le second avait son âge.
Elle grandissait et devenait toujours plus belle,
mais sa condition de domestique
faisait qu’aucun des trois fils
n’avait encore considéré sa beauté.

Un invité étrange s’attardait le soir après le repas,
accoudé sur la rambarde du perron
il fumait sa pipe bourrée d’opium,
écoutant le chant des grillons dans la nuit.
Môo, à ce moment, traversa pied nus le jardin
pour vider une bassine d’eau au pied d’un manguier.

L’invité remarqua sa grâce et sa beauté,
et composa sur le champ ce poème :


"Une biche solitaire,
de son pas léger,
traverse un cimetière
pour se désaltérer.

La lune pâle éclaire
un pêcher en fleur,
La biche hume l’air
et tremble de peur.

L’esprit de sa mère
la couvrit de brume,
une fille en robe claire
vit l’homme qui fume.

Trois chasseurs épiaient
une biche dans la nuit,
L’esprit du lieu fumait
une vision le ravit."


Môo sentant sur elle le regard d’un homme
eut un frisson de surprise et s’enfuit
de son pas léger, accomplir sa corvée.

Haïkus de la décision de vivre

« Je crois qu’il est temps
d’être bien »
paroles qui me reviennent


Parfois tout semble
nous échapper
amphore fissurée qu'on remplit


Bien peu de certitudes
résistent aux assauts du doute
aux fruits de l’expérience


Il suffit de bien peu
en réalité
pour un bonheur partagé


Recevoir
douloureuse offrande
les sanglots humiliés


S’arrêter net
et s’intéresser à l’autre
comme meilleur ami


Ensoleiller
d'un sourire d'un regard
le visage peint de souffrance


Même l'infirme peut dire
« Je crois qu’il est temps
d’être bien »


Celui là avance
guidé par la simplicité
ses pas fleurissent derrière lui

Toutes les notes